audit augmenté

L’audit continue de jouer un rôle indispensable d’intérêt général, gage de confiance de la bonne santé de l’économie. Les auditeurs doivent fournir l’analyse la plus fiable des véritables composantes de la valeur des entreprises.

Pour autant la profession connaît aujourd’hui une mutation sans précédent sous l’effet des ruptures technologiques, de l’évolution réglementaire et des attentes des organisations. Ces dernières ont elles-mêmes connu de profonds bouleversements de leur modèle économique. Pour les accompagner dans ces transformations, l’audit doit apprendre à se transformer.

Des nouvelles expertises et des nouvelles missions…

Demain, la double compétence sera au cœur du métier, avec d’une part la maîtrise de la science des systèmes d’information et d’autre part la capacité à analyser, interpréter, certifier les données qui auront été collectées grâce aux nouvelles technologies. Il convient donc d’anticiper et de se préparer à l’avènement d’un nouveau paradigme, celui de l’audit augmenté ou de l’audittech, comme on a pu parler des fintech ou des assurtech. Ces nouvelles techniques informatiques d’audit 4.0 permettront à la profession d’offrir à ses clients une expérience d’audit augmentée.

Loin de disparaître, le métier d’auditeur se verra enrichi, revalorisé et relégitimé sous l’impulsion des nouvelles technologies. La manière dont l’auditeur de demain parviendra à ses conclusions va changer drastiquement : au-delà de la formulation d’une opinion, ses nouvelles missions iront plus loin que  la vérification de la conformité des comptes. Elles incluront un travail de plus en plus qualitatif, susceptible d’éclairer les clients jusqu’au cœur de leur métier, voire même de signaler des problèmes éventuels avant leur déclenchement grâce au prescriptive analytics par opposition à un reporting ex-post. Dans une économie de l’instantanéité, l’auditeur du futur pourra également fournir des informations aux parties prenantes tout au long de l’année.

L’automatisation de la récolte et de l’analyse de toutes les données comptables ouvre aussi de nouveaux horizons. A la science humaine de l’échantillonnage se substituera progressivement la science d’une compliance fondée sur l’analyse exhaustive des données. L’audit 4.0 visera ainsi en même temps l’idéal du zéro défaut réglementaire et celui d’une amélioration constante de l’efficacité au service du client.

Cette efficience accrue s’accompagnera d’un gain de temps et d’énergie considérables à chaque étape de la piste d’audit et permettra de se concentrer sur une plus forte valeur ajoutée pour les clients, permise par plus de temps disponible pour réaliser des analyses : depuis l’approche du dossier, où l’on structure les données, jusqu’au bouclage, où l’on formalise une opinion sur le degré de certification à accorder aux comptes.

Mais une intervention humaine toujours indispensable

L’auditeur existera donc toujours, mais ses missions seront profondément transformées. D’un côté, la maîtrise des technologies permettra d’asseoir ses traditionnelles fonctions de certification au nom de son rôle de tiers de confiance. De l’autre, ce progrès technique lui permettra d’apporter aux entreprises une valeur ajoutée supplémentaire, en proposant des benchmarks susceptibles d’accélérer leur croissance et de leur permettre de gagner en productivité.

Les expertises nécessaires à l’audit du futur seront à la fois plus techniques et plus généralistes. Techniques parce qu’il faudra que les recrutements permettent de suivre la complexification des technologies. Généralistes parce que la digitalisation amènera à se concentrer sur des enjeux de valeurs et d’anticipation.

C’est pourquoi, même si la révolution blockchain permet d’anticiper un audit 5.0 dont les processus seront entièrement automatisés – puisque la blockchain se définit comme un grand livre comptable d’enregistrements de transactions d’informations – elle ne saurait faire disparaître le rôle de l’auditeur en tant que tiers de confiance. Il demeure en effet une dimension humaine irréductible qu’aucune automatisation, aussi aboutie soit-elle, ne saurait remplacer.

D’abord parce que l’auditeur ne vérifie pas seulement une simple adéquation entre produits et charges, mais étudie plus largement tout un contexte de flux financiers, leur nature comme leur destination, au-delà de leurs montants. Ensuite parce que toute automatisation implique une programmation des prémices en amont et une interprétation des résultats en aval, pour lesquelles l’intervention humaine demeure indispensable. Loin d’être menacée par les mutations technologiques, la relation entre les professionnels de l’audit et leurs clients s’en trouve au contraire enrichie et la dimension d’accompagnement renforcée, indispensable pour traverser sans heurts cette période de transformation.

Auteur : Virginie Chauvin